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Warner Bros. Classic Animation
« Looney Tunes Et Merrie Melodies »
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Ecriture: décembre 2004
Mise en ligne: juillet 2006
Mise à jour: 15 mars 2012

Introduction

Avouez qu’il est difficile de résister à ce pauvre coyote qui depuis, tenez-vous bien, 1948, tente en vain d’attraper cet étrange oiseau, le Road Runner, alias Bip Bip dans notre langue. Il doit être la frustration incarnée et nous avons tous eu envie à un moment ou à un autre de le consoler tant son imagination n’a jamais eu d’autre résultat que de nous faire rire.

Quelques notes de musique reconnaissables entre mille, des personnages rocambolesques et des situations invraisemblables qui se répètent sans cesse, voilà ce que la Warner nous sert depuis des décennies. Et ça marche !

Ca marche tellement bien qu’il est difficile de croire que nous prenons autant de plaisir que nos parents et même nos grands-parents à regarder ces fameux cartoons qui ne vieillissent pas. Je n’aurais personnellement jamais imaginé que le coyote puisse être plus âgé que mon grand-père. Mais quelle est leur histoire ?

Histoire de la Warner

Aujourd’hui, la Warner fait partie du plus grand groupe mondial de communication : Time Warner. Cette « major   » des médias fut constituée en 2001 lorsque AOL, issu de ce que l’on appelle la nouvelle économie (par référence au développement du commerce via internet), acheta le groupe Time Warner.

Ce géant du divertissement rassemble des industries du cinéma, de la musique, du câble et de la télévision ainsi que de la presse, de l’édition et des services Internet, proposant ainsi un ensemble de marques prestigieuses : AOL, Cartoon Network  , CNN, Hanna Barbera, HBO  , People, Time, Warner Bros...

Ce géant de l’industrie des médias a donc parfaitement réussi ce que l’on appelle l’intégration verticale (une société qui contrôle toute les étapes de production d’un produit : la Warner produit des films, les réalise et les distribue) et la concentration horizontale (société qui dispose de plusieurs unités de production de même nature : télévision et cinéma par exemple). [1]

Il n’en fut cependant pas toujours ainsi, l’histoire de la Warner Bros. tient plus de la légende et de la réalisation du rêve américain. Remontons donc jusqu’au début du siècle dernier lorsque quatre frères, Harry, Jack, Sam et Albert, impressionnés par le kinetoscope d’Edison décident de se lancer dans l’industrie du cinéma.

D’abord en créant et animant une salle de cinéma dans laquelle ils projettent des films. Très vite, leur esprit d’entreprise les engage sur la route de la distribution en rachetant les droits de nombreuses productions. Néanmoins, l’importance grandissante des quatre frères n’est pas trop appréciée par Thomas Edison lui-même et quelques sociétés propriétaires des premiers brevets cinématographiques.

Ces dernières tentent de les écarter du marché. Cela n’arrête pas la quatuor gagnant qui se lance dorénavant dans la production en réalisant leur premier film Peril Of The Plains avant de partir s’installer définitivement en Californie en 1912. Très vite leur entreprise prospère et les Warner sont non seulement à la tête de leur propre studio mais rachètent également quelques uns de leurs concurrents avant de devenir l’une des plus grandes sociétés cinématographiques de l’époque.

Ayant l’esprit innovateur et croyant en la technologie, Warner Bros. s’associe avec la Western Electric pour fonder la Vitaphone Corporation. Dès cet instant, l’objectif de la Warner est de produire le premier film parlant du cinéma ce qui est fait en 1927 avec The Jazz Singer (Le Chanteur De Jazz). Dès cette époque, tous les films de la Warner deviennent parlants.

Dès les années ’30, apparaissent les premières animations du studio. Les Looney Tunes sont produits par Vitaphone et constituent une partie du catalogue Vitaphone Short. Ces petits films d’animation mettaient en scène Bosko, la première célébrité animée de la Warner... Mais surtout, la première d’une longue série. Peu après, en 1931, apparaissent les Merries Melodies destinées à promouvoir le catalogue musical de plus en plus fournit de la Warner Bros.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les années ’30 marquent un âge d’or pour les studios Warner. En effet, c’est la grande dépression mais le cinéma est alors une activité très bon marché qui a le don de faire oublier au public ses malheurs quotidiens. Les productions de la Warner se centrent dès lors sur les comédies musicales et sur les drames sociaux réalistes, les premières faisant rêver, les seconds permettant au public d’affronter ses problèmes quotidiens.

A la fin de la dépression et dès le début de la seconde guerre mondiale, tout comme les autres sociétés de production de l’époque, la Warner produit des films patriotiques et de propagande dont les plus mémorables sont certainement The Maltese Dalcon et Casablanca.

Cette époque coïncide également avec la naissance d’un lapin, probablement le plus célèbre de tous les personnages du studio : Bugs Bunny. Au départ, il répondait en réalité à cet appel du clairon. Bugs défendait contre vents et marées son terrier, faisant ainsi référence à l’effort de guerre américain. Le succès de Bugs est tel qu’il quitte très vite « Toon Town » (le monde du dessin animé) pour apparaître dès 1949 au coté de Jack Carson dans les comédies musicales « live » Two Guys From Texas et My Dream Is Yours.

Les années ’50 sont quant à elles marquées par le démantèlement de Warner Bros. En effet, le gouvernement américain décide à l’époque de la séparation des secteurs d’activité des grandes compagnies, estimant qu’elles bénéficient d’une avancée économique injuste du fait d’être également propriétaire des salles de projection. La Warner se sépare donc de son réseau   de salles de cinéma pour se concentrer sur la production.

Les années cinquante voient également la Warner investir dans un nouveau média en pleine croissance : la télévision. La Warner est en effet le premier studio de cinéma a avoir investi dans la production télévisée et à s’unir à des chaînes de télévision avec des émission tel que Cheyenne, Maverick, 77 Sunset Strip, Sugarfoot ou encore le célèbre The Bugs Bunny Show sur ABC   en 1960.

Les années soixante sont marquées par la fermeture des studios d’animation... Il faudra quelques années pour revoir les personnages de la Warner de retour dans les petites séries qui ont fait leur succès.

Depuis, la Warner s’est affirmée dans de nombreux domaines dont la musique, la télévision (l’apparition du câble offrant des possibilités incroyable, sans parler par la suite des chaînes satellites). En 1989, c’est la première grosse fusion de la Major   qui devient dorénavant Time Warner Inc.

The WB, la chaîne de télévision du groupe est lancée en 1995 suivie très peu de temps après par Kid’s WB ! Seconde grande étape dans les années ’90, le rachat par la société de Turner Broadcasting System Inc. qui permet au géant de récupérer un grand nombre de films et de dessins animés dont l’homme d’affaire Turner avait obtenu les droits de par le passé.

Aujourd’hui, depuis la fusion AOL Time Warner, ce géant représente le premier groupe de média et possède le catalogue le plus large en matière d’audiovisuel.

Looney Tunes et Merrie Melodies

Dans les années ’30, voir un film au cinéma impliquait non seulement la projection d’un film mais aussi de toutes sortes de petites séquences entourant l’attraction principale.

Parmi elles, notons des informations, des bandes annonces, des feuilletons, des petits reportages ou des comptes-rendus de voyages... Et bien entendu des dessins animés. En cette période marquée par la dépression, il fallait que le spectateur en ait pour son argent.

C’est dans ce contexte que sont nés les Looney Tunes. En effet, toute les majors   de l’époque étaient soit associées avec un producteur   de cartoon, soit avaient créé leurs propres studios. Dans un premier temps, Warner Bros. s’associa avec le studio d’animation Leon Schresinger.

Ce studio était composé de quelques artistes qui ont marqué l’histoire de l’animation. Il s’agit de Hugh Harman et de Rudolf Ising. Ces derniers avaient travaillé auparavant avec Disney avant de le quiter suite à la scission des studios. Disney s’offrant d’ailleurs une fameuse part du marché suite à la production du premier dessin animé sonore Steamboat Willie (mettant Mickey Mouse en scène).

Le tandem Harman-Ising réplique avec une nouvelle avancée technologique en produisant Bosko The Talking Kid, qui comme son nom l’indique dépasse la prouesse de Disney. Cette fois, ce n’est pas simplement de la synchronisation de musique et d’images mais bien un dessin animé parlant dans lequel Bosko, le personnage principal, parle et chante. A noter que l’animation était due au travail de Isador « Fritz » Freleng, un jeune animateur.

Les frères Warner, visionnant le film, décident de commander deux séries de courts métrages animés. La première n’est autre que les Looney Tunes, il s’agit d’une série mettant en scène le personnage de Bosko ainsi que divers autres récurrents. Chaque épisode raconte de petites aventures souvent similaires du personnage.

Les Merrie Melodies quant à elles ne suivent pas la logique de récurrence d’un personnage, il s’agit ici de mettre en scène le catalogue musical de la Warner. Dans ce dernier cas, les décors et les personnages sont différents à chaque épisode bien que l’on peut remarquer quelques similarités comme un trio presque omniprésent : un garçon, une fille et un méchant.

C’est alors que le trio Harman, Ising et Freleng décident de quitter Schlesinger et la Warner pour lancer leur propre studio. Un coup dur pour la Warner qui ne peut maintenir le niveau de qualité et opte pour des productions très semblables à ce que les artistes créaient précédemment. Quelques années plus tard néanmoins, en 1934, Freleng décide de revenir chez Schlesinger, le succès est à nouveau au rendez-vous.

Nous somme en 1936, la grande époque de l’animation à la Warner vient tout juste de commencer. En effet, deux jeunes artistes commencent à se faire remarquer dans le studio, il s’agit de Bob Clampett (animateur) et Chuck Jones (animateur-réalisateur) qui rejoignent l’équipe de réalisateurs composée déjà de Friz Freleng, Tex Avery et Frank Tashlin.

L’équipe se compose également d’autre artistes inoubliables tel le compositeur Carl W. Stalling , le bruiteur Ted Brown et la voix irremplaçable de Mel Blanc. La production de dessins animés explose avec à peu près trois douzaines de films en moyenne par an et cela ne fait que commencer.

Il est intéressant de noter ici combien la Warner s’est voulue différente des productions Disney. Les dessins animés Disney se voulaient intemporel alors que les artistes des Looney Tune se voulaient dans l’air du temps et représentatif de l’actualité, parodiant des célébrités de l’époque tel que Jimmy Durante.

Chacun des ses artistes apporte sa propre pierre à l’édifice. Ils ont tous un style très personnel comme nous allons le voir plus en détail.

En réalité, tous les réalisateurs du studio sont imprégnés des idées avancées par le célèbre Tex Avery : rythme effréné, humour, impertinence, exagération à outrance, personnage s’adressant au public.

Freleng, le plus ancien, à la tête d’un poste clé dans le studio, établit ce qui sera la signature des productions animées de la Warner sur base des idées de Tex Avery qu’il modifie à sa sauce. Son expérience dans la synchronisation musicale lui permet de mettre un rythme particulier dans les productions, surtout les Merry Melodies qui deviennent plus satiriques. Parmi ses personnages, notons Sylvestre (1945) et Sam Le Pirate (1945).

Frank Tashlin quant à lui est un cinéaste, un vrai. Il est d’ailleurs tellement passionné de cinéma qu’il insuffle dans ses dessins animés des styles propres aux films et inédits en matière d’animation. Il travaillera en particulier sur les meilleurs épisodes de Porky Pig, avant de quitter le studio en 1946 et de devenir réalisateur de films.

Bob Clampett est celui qui restera le plus fidèle à l’esprit Tex Avery. Son style réside surtout dans les intrigues particulières et à sa manière de rendre les personnages attachants. Bugs Bunny et Daffy Duck deviendront grâce à lui plus attirants malgré leur pugnacité. Le personnage clé créé par cet artiste est Titi, une sorte de canari avec des formes de bébé. C’est dire que Titi est représentatif du travail de Bob Clampett.

Les films de Chuck Jones sont parfaitement reconnaissables. Imaginez de nombreuses courses poursuites, des canyons interminables... Vous l’aurez deviné, Bip Bip et le Coyote, c’est lui. Notons qu’il est aussi à l’origine des caractères insupportable de Daffy Duck et impassible de Bugs.

Il y tout d’abord une volonté de trouver des personnages particuliers et inoubliables, une sorte de signature des studios. C’est ainsi que dès 1935 apparaissent les trois premiers grands personnages de la Warner.

Le premier est un cochon sans pantalon nommé Porky Pig. Le personnage possède une petite amie et des chiens mais surtout se retrouve déjà dans des scénarios particuliers à la Warner : les parties de chasse.

Mais très vite, Daffy Duck, et surtout Bugs Bunny, viennent faire de l’ombre au petit cochon. Tout deux apparaissent lors d’une partie de chasse du cochon et s’avèrent l’un comme l’autre impossibles à attraper. Alors que la seconde guerre mondiale retentit, la Warner a définitivement trouvé son style et cette fois, même le départ de Tex Avery en 1942 puis de Taslin et Camplet en 1946 n’y changeront rien.

De ces trois personnages, C’est Bugs Bunny qui deviendra le porte-drapeau de la Warner. Son image correspond à celle d’une nation en guerre tentant de protéger son territoire. Le lapin est très vite décliné dans des produits dérivés comme la bande dessinée et les vêtements.

Devant un tel succès, la Warner décide qu’il est plus judicieux d’être le propriétaire du lapin star plutôt que son distributeur. Aussi Warner Bros. rachète Schlesinger en ce compris les studios, les contrats de travail, les droit des personnages et même les archives.

S’en suivent toute une série de méchants pour s’opposer aux héros : Sam le pirate, le Diable de Tazmanie... La partie de chasse est toujours un thème récurrent : Titi et Sylvestre, Bip Bip et le Coyote, Pépé Le Putois et Charlie Le Coq. Notons que c’est à cette époque que la Warner commence à battre Disney sur le terrain des Oscars.

Les années cinquante sont un tournant dans l’histoire de ces personnages. Sous l’impulsion de Chuck Jones, leurs personnalités deviennent subtiles et psychologiques. On aborde également d’autres thèmes tel que l’opéra (What’s Opera Doc ? et The Rabbit Of Seville). Autrefois dans le même camp  , Bugs Bunny et Daffy Duck deviennent également des opposants.

Mais les années ’50 sont aussi marquées par l’intrusion de la Warner dans le monde de la télévision, et 1960 voit l’arrivée du Bugs Bunny Show sur ABC  . Le programme hebdomadaire est long d’une trentaine de minutes et comporte un film principal présenté par les personnages Warner. L’émission est à la fois un immense succès mais aussi l’un des derniers jeux gagnants de la Warner Animation.

La conjoncture veut que de gros changements interviennent, la Warner se sépare de ses salles de projection et les dessins animés n’ont plus le succès d’antan. En 1963, suivant l’exemple de autres studios, la Warner ferme les portes de sa section animation.

Mais tout n’est pas fini pour autant. Alors que la Warner réalise son erreur, Freleng vient juste de créer sa propre compagnie et la Warner lui propose de reprendre les personnages des Looney Tunes, ce que le studio de Freleng fait trois années durant. La production de ces années là est surtout marqué par l’usage de paires de personnages : Daffy Duck et Speedy Gonzales (nouvellement créé), et surtout Bip Bip et le Coyote.

Peut-être encouragée par la bonne humeur de Speedy, la Warner décide de rouvrir un studio mais les résultats ne sont pas convaincants et le studio ferme ses portes pour de bon en 1967. C’est le début d’une longue pose dans la production des dessins animés Warner.

Une pause que nous n’avons d’ailleurs pas forcément ressenti en Europe tant la diffusion et la rediffusion des dessins animés de l’époque ne cessaient de faire vivre et revivre les personnages. Visiblement, à l’instar de leurs scénarios dans lesquels Bugs s’en sort toujours, les personnages de la Warner sont toujours vivant.

Ils sont même tellement vivant que dans les années ’70, ils sont considérés comme de l’art, que des études académiques s’intéressent à eux et que certaines productions ponctuelles permettent de réanimer Bugs et ses amis pour un temps (c’est la cas du Carnaval Des Animaux, concert filmé mettant en scène Bugs et Daffy).

S’en suivent une série d’évènements qui prouvent combien les personnages sont loin de disparaître : le Musée d’Art Moderne de New York fait des rétrospectives, publicités, films,...

Vers 1988, l’idée de remettre en service un studio commence à germer au sein de la Warner. Mais c’est surtout l’arrivé d’un autre lapin qui va faire sortir Bugs de son terrier. Cette fois, le lapin répond au nom poétique de Roger. Jusque là rien d’extraordinaire, si ce n’est que se cache derrière lui un tandem gagnant du cinéma : Robert Zemeckis et Steven Spielberg.

Le succès de Qui Veut La Peau De Roger Rabbit ? est tel que Spielberg se sent motivé pour s’associer avec la Warner, et lancer une nouvelle série, les Tiny Toons. La Warner rouvre des studios et recommence sa production de séries animées, avec ou sans Spielberg.

Le style est nouveau et doit beaucoup aux acquisitions de la Warner (notamment DC Comics) depuis 1967, on voit donc apparaître au côté des Tiny Toons, d’autres héros connu ou en voie de l’être : Taz-Mania, Animaniacs, Batman : The Animated Series, Minus & Cortex, The Sylvester & Tweety Mysteries, Freakazoïd, Road Rovers et Superman.

Le tout est dopé par la fête des 50 ans de Bugs Bunny, et donc la mise en chantier de nouveaux classiques pour le petit et le grand écran (Carrotblanca et Superior Duck). Bugs et Daffy ont depuis remis trois Oscars et se sont même fait quelques parties de basket avec Michael Jordan. C’est dire que Bugs est loin de nous quitter.

Notes

[1]On utilise le terme concentration ou intégration horizontale pour définir une situation dans laquelle une entreprise contrôle, sur un territoire donné, plusieurs unités de production de même nature qui fabriquent des produits identiques ou similaires. On utilise le terme concentration ou intégration verticale pour définir une situation dans laquelle une entreprise contrôle les différentes phases d’un processus de production, selon agora.qc.ca


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