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Enquêtes Du Commissaire Maigret
Mise en ligne: mars 2005
Article écrit en novembre 2004
Dernière mise à jour: samedi 19 mai 2007
Appréciation globale de l’auteur :
Titre Original : Les Enquêtes Du Commissaire Maigret
Durée : 88 épisodes de 90 minutes, soit 15 saisons
Pays d'origine : France
Chaîne de 1ère diffusion : ,
Période(s) de diffusion : De 1967 à 1990
Genre : Policier
Créé par : Claude Barma , Jacques Rémy , Georges Simenon
Produit par : ORTF , Antenne 2
Avec : Jean Richard , François Cadet , Christian Rémy , Jean-François Devaux , Jean-Pierre Maurin , André Penvern , Maurice Coussonneau , Jean Lanier , Micheline Francey , Dominique Blanchar , Annick Tanguy

Introduction

Aux cotés de super-détectives comme Sherlock Holmes, Miss Marple ou Hercule Poirot, il est des personnages plus discret, plus proches de Monsieur Tout-Le-Monde. Le célèbre commissaire Maigret en fait partie. Le policier Franco-français est pourtant né d’un père belge, un monstre de la littérature policière, j’ai nommé George Simenon.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, nombreuses sont les adaptations de Simenon à l’écran et, qui plus est, les adaptations de Maigret. Si d’aucun, aujourd’hui, se rappellent plus facilement du visage de Bruno Cremer dans le rôle de l’inspecteur un peu bourru, ce n’est pourtant pas le seul à avoir interprété le commissaire. D’autres l’on fait bien avant lui. Ils ne sont pas nécessairement français, comme nous allons l’évoquer, mais de toutes les séries consacrées au personnage titre de Simenon, Les Enquêtes Du Commissaire Maigret seront, non seulement, la série la plus longue, mais aussi, très certainement, la meilleure.

Les créateurs

Les Enquêtes Du Commissaire Maigret, c’est une série télévisée qui se veut l’adaptation fidèle des 75 romans consacrés au célèbre commissaire parisien. Qui dit adaptation, fait référence au monde de la littérature et à celui de l’audiovisuel. Il est donc inévitable de faire un petit détour du coté de Liège en Belgique avant de ce rendre à Paris si l’on veut suivre au mieux le parcours de Maigret.

L’auteur, George Simenon : Selon l’encyclopedia Universalis, "Au terme d’un minutieux inventaire, on peut avancer les chiffres suivants : en un demi-siècle exactement, Simenon aura signé de son patronyme, outre 25 ouvrages à caractère autobiographique, 192 romans (75 Maigret et 117 “romans durs”) et 155 nouvelles, traduits en cinquante-cinq langues dans quarante-quatre pays et vendus, selon les estimations de l’U.N.E.S.C.O., à plus de cinq cents millions d’exemplaires (en 1987, Simenon était le onzième auteur [le troisième de langue française] le plus traduit dans le monde)... Et c’est près de dix mille personnages que ce démiurge aura fait jaillir de sa plume !"

George Simenon compte parmi les plus grands écrivains du 20ème siècle. Né en 1903 à Liège, il fit différents métiers avant de se lancer très jeune comme journaliste puis écrivain. Au Pont Des Arches, son premier roman, il le publie à l’âge de 18 ans. La même années il quitte Liège pour la Cité Lumière où il rencontre ’Tigy’ et fait paraître diverses nouvelles et contes dans plusieurs journaux. C’est en 1924 qu’il publie son premier roman populaire sous un pseudonyme. Il écrit par la suite différents contes, romans et nouvelles qui sont édités.

Ce n’est qu’en 1931 que Maigret rejoint Simenon. L’auteur n’est même pas encore âgé de 30 ans et vient de trouver celui qui lui offrira une renommée universelle. Tous les romans consacrés à Maigret ont été adapté au moins une fois à l’écran. A l’instar de Conan Doyle qui ne pouvait se débarrasser de son héros Sherlock Holmes, Simenon tente de se défaire de Maigret en 1934 avant de le faire revenir sous la pression populaire.

Dès 1972, l’auteur cesse d’écrire des romans. Il s’achète un petit dictaphone et écrit ses "dictées". Ce n’est alors plus de la fiction mais bien ses mémoires qu’il rédigera jusqu’en 1989, date de se mort à Lausanne en Suisse. Mais son oeuvre, constamment rééditée et adaptée, n’a pas fini de susciter des réincarnations.

Le Producteur délégué – Réalisateur – Scénariste, Claude Barma : C’est un des grands Monsieurs de la télévision française. Né en 1918 à Nice, après des études d’ingénieur en électricité, il participe en août 1944 au tournage du film sur la libération de Paris. En 1946 il entre à la RTF et réalise son premier téléfilm : Chambre 34. Il est le pionner de la télévision en tant que réalisateur de feuilletons. En effet, en 1950 il réalise le premier du genre L’agence Nostradamus. A noter qu’il fut également Lauréat du grand prix de la critique de télévision en 1957, qu’il obtient en 1960 le prix Italia de la meilleure dramatique pour La grande bretèche, adaptation moderne de la nouvelle de Balzac. Il est aussi à l’origine de nombreux feuilletons dont Belphégor (1965) et de quelques séries policières tel que Le Clan (1989).

Dans le cadre de la série Les Enquêtes Du Commissaire Maigret, Claude Barma assure à la fois l’adaptation et la réalisation d’une très large part de la série. En réalité, il y tient un rôle que l’on qualifierait aujourd’hui de producteur exécutif. C’est en effet à lui qu’incombera la difficile tâche de choisir l’acteur qui incarna Maigret.

Le scénariste, Jacques Rémy : Contacté par Claude Barma, Jacques Rémy Assayas est celui qui prendra en charge l’adaptation des dialogues des romans de Simenon. Né en 1911 à Istambul en Turquie, il fut assistant réalisateur de Léonard Moguy et de Pierre Chénal avant de devenir adaptateur, scénariste et dialoguiste dans les années 50 et 60. Il était également écrivain. Il écrira 52 scénarios de séries avec Claude Barma, tous sont signés uniquement de son nom.

La genèse de la série

Les Enquêtes Du Commissaire Maigret est intimement liée à celle de l’histoire de la télévision française. En effet, dès février 1959, la R.T.F. devient l’O.R.T.F. (Office de Radiodiffusion Télévision Française). Un changement qui n’affecte pas simplement l’appellation de l’organisme mais aussi son fonctionnement et sa structure tout au long des années 60. Ainsi, l’ORTF ne sera plus placée sous l’autorité mais bien sous la tutelle du ministre de l’information dès 1964. Plus important, l’ORTF bénéfice d’une plus grande autonomie financière et administrative.

Les raisons de ce changement sont évidentes : la télévision devient un média de plus en plus populaire, soit un nombre croissant de téléviseurs, de chaînes de télévision (on vient de mettre en route une deuxième chaîne), l’augmentation du temps de diffusion, mais aussi les avancés technologiques qui s’annoncent, comme le passage à la couleur. Tout cela a pour effet de revoir la programmation mais aussi implique la nécessité de voir se développer le secteur de la fiction au travers des films mais aussi des séries télévisées.

C’est dans ce contexte que Les Enquêtes Du Commissaire Maigret prennent vie en 1967. Il faut cependant rappeler que contrairement à ce que l’on pourrait croire, la télévision française est loin d’être la première à se lancer sur les traces du commissaire parisien. En effet, Maigret avait déjà conquit le coeur de bien d’autres pays. Rappelons ici, Maigret, une série anglaise de 52 épisodes de 50 minutes avec Ruppert Davies dans le rôle titre, ou encore la série italienne Inchieste Del Commissario Maigret avec un Maigret nommé Gino Servi (Le Peppone de Don Camillo) mais il en eut bien d’autre dont une série américaine. Le tout, c’est de savoir quel Maigret pouvait le mieux convenir.

Maigret selon Jean Richard

Mais qui donc est Maigret ? Voilà un personnage dont tout le monde connaît le nom et pourtant Maigret est loin de l’extravagance que l’on peut attribuer à ses homologues belge, Hercule Poirot, ou anglais Sherlock Holmes. En fait, Maigret n’est pas aussi fin limier, pas aussi intelligent, pas même aussi imaginatif. Il se retrouve d’ailleurs rarement dans les situations presque irréelles de ses comparses.

Maigret n’a pas leur liberté, il est un fonctionnaire haut placé de la police de Paris. Il est donc tenu de respecter certaines règles. A ce titre, il est aussi moins indépendant, entouré d’une kyrielle de spécialistes qui analysent les lieux du crime (c’est d’ailleurs en littérature, le premier personnage assisté de cette manière). Les crimes eux-mêmes n’ont rien de vraiment extraordinaire, loin de là, l’enquête commence toujours de manière banale, celle d’un crime parmi d’autres. Le commissaire lui-même n’agit pas sur la situation, se cantonnant à l’analyser plutôt que de provoquer un évènement.

C’est donc un personnage finalement assez simple, parfois répétitif, ritualiste, qui a aussi une vie de couple (ce qui n’est pas le cas de nombreux super-détectives). Son talent se situe en réalité dans sa capacité à analyser la psychologie de ses ’adversaires’. A l’instar de Poirot qui rassemble, par exemple, toujours tout les suspects dans une salle en fin de roman, un rituel est toujours présent dans le chef de Maigret. Il agit en trois temps selon André Vanoncini :

  • Accumulation d’indices.
  • Vérifications et hypothèses provisoires.
  • Interrogation du coupable sur un scénario plausible et fait avouer ce dernier.

C’est aussi un personnage assez passif, qui écoute et s’imprègne de ce qui l’entoure. D’une certaine manière, Maigret est peut-être une des inspirations de certains aspects de Colombo.

Il fallait donc un acteur capable de porter un tel personnage sur ses épaules. Le choix se porte sur Jean Richard qui va incarner Maigret de 1967 jusqu’à 1990. Un choix assez original quant on sait que l’acteur en question était renommé pour ses rôles comique tant au cinéma que dans les cabarets, Jean Richard incarnant très souvent des paysans à l’air abruti. L’acteur s’était présenté pour le rôle et malgré son registre peu compatible, sa candidature fut retenue par Claude Barma. Cependant, Simenon s’était gardé le droit d’intervenir dans le choix de l’acteur : "Quand Claude Barma m’a proposé Jean Richard, je me suis souvenu que mon fils Marc m’avait dit : ’si un jour, on fait Maigret en France, Jean Richard serait parfait, car ce n’est pas seulement un comique et un dompteur, c’est aussi un excellent comédien’". Jean Richard eu même quelques contacts avec Simenon qui lui donna quelques tuyaux pour l’interprétation de Maigret, notamment en ce qui concerne sa relation avec sa femme et ses petites habitudes. C’est de cette manière que l’écrivain conseilla à l’acteur ce truc : donner une petite tape sur les fesses de sa femme chaque fois qu’il part de chez lui.

Le choix du comédien s’avéra des plus judicieux, Simenon enchanté par le premier épisode contacta l’acteur pour le féliciter. Il faut cependant rappeler que cette opinion se modifia avec le temps et que l’écrivain reviendra sur ces paroles dans les années 1980 et dira de Jean Richard qu’il est le Maigret le plus populaire mais aussi le pire.

Il est fort à parier que le changement de registre du comédien fut important dans la considération de Simenon et du public, dans la mesure où le comédien endossait un rôle qui lui était inhabituel. Cependant, plus dans une série télévisée que dans un film, après une certaine période le comédien et le personnage fusionnent pour devenir une entité à part entière. Ainsi, Maigret selon Jean Richard est un personnage qui va à la fois prendre un peu de Maigret mais aussi un peu du comédien. Les traits physiques bien entendu mais aussi, au travers du jeu, une interprétation de plus en plus personnel du personnage par l’acteur. Ainsi, Simenon contestait certains gestes de l’acteur, contestant que Maigret interprété par Jean Richard ne retirait pas son chapeau et ne disait pas bonjour quand il arrivait chez une vieille dame. Ce n’est pas le Maigret décrit par son auteur. On voit donc poindre ici un conflit entre l’écrivain et son Maigret d’une part et le Maigret du comédien d’autre part, tout deux ayant évolué différemment. Mais comment ce Maigret de Jean Richard a t’il évolué ?

L’histoire de la série

1) Premiers pas et choix difficiles Il faut commencer par le tout début. Maigret, ce sont 75 bouquins à adapter, du livre à l’écran. Claude Barma a du faire face à deux problèmes majeurs : La fidélité aux décors et la restitution de la fameuse atmosphère.

Concernant la fidélité aux décors, il faut rappeler que les romans de Simenon se situent entre les années 30 et les années 50 à Paris. Il faut donc faire un choix, celui de situer l’action dans le temps présent (celui du tournage à la fin des années 60), ou dans le passé, cette dernière option impliquant de nécessaires reconstitutions de plateaux puisque Paris a été largement modifié dans ce laps de temps. Barma et Rémy, contraints par un budget réduit, optent donc pour la première solution en prenant garde de ne pas exagérer l’aspect moderne de la période, on ne verra de cette manière jamais Maigret dans le centre Pompidou. Cela implique donc de profondes modifications de décors mais aussi de mentalité des personnages quant à la version de Simenon.

Le deuxième aspect, la restitution de la fameuse atmosphère propre à l’écrivain, fut particulièrement difficile. Si d’autres super-détectives se lancent à la recherche ardue du criminel, Maigret est un homme qui s’imprègnent de ce qui l’entoure. Il écoute, il interroge, il essaye de se glisser dans la peau des habitants du lieu... Autant dire, que ce genre de scène est très difficile à rendre à l’écran car l’action ou le dialogue y est réduit à rien. Il s’agira donc d’un défi particulièrement difficile que de traduire cette atmosphère dans la série. La mise en scène sera donc particulièrement soignée pour transmettre cet aspect de l’oeuvre.

2) La réalisation Claude Barma fit de bons choix dès le début. D’abord en optant pour des professionnels du cinéma et de la télévision pour la réalisation (citons Michel Draft et Jean-Louis Mueller), mais aussi en gardant une maîtrise sur la série qui permit de faire des épisodes très homogènes et de conserver un esprit durant les cinquante premiers épisodes, qui s’avèrent aussi les meilleurs.

Autre aspect de la série : son choix en matière de décors et de photographie, particulièrement bon, mais aussi le fait que comme toutes les séries de l’époque, les scènes intérieures étaient tournées en vidéo et les scènes extérieurs filmés. Un détail peut-être, mais un détail qui donne un véritable plaisir au visionnage de la série de nos jours.

3) L’accident de Jean Richard et les modifications de la série Jean Richard, comme le disait Simenon lui-même, était le plus populaire des Maigret. C’est dire que l’accident de voiture de l’acteur en 1971 remis en question la continuité de la série. Cependant, il fut décidé de suspendre la production et d’attendre le rétablissement du comédien. On remarque cependant d’importantf changements dans cette période post-accident.

Ainsi, la femme du comédien, Annick Tanguy, voulait rester auprès de son mari durant les tournages qui suivirent le traumatisme. Il se fait que par un concours de circonstance, elle se voit attribuer un petit rôle avant d’endosser définitivement celui de la femme de Maigret. Ainsi, le couple de la vie réelle s’est-il vu également couple dans la fiction. Notons qu’elle ne fut pas la première femme à endosser ce rôle, auparavant, Micheline Francey fut la tenante du rôle jusqu’à sa mort, elle fut ensuite remplacée par Dominique Blanchard avant que le choix ne se porte définitivement sur Annick Tanguy.

L’entourage de Maigret fut régulièrement interprété par des acteurs différents, on peut cependant faire remarquer qu’outre Jean Richard dans le rôle titre, un seul autre acteurs fut présent dans l’ensemble de la série, il s’agit de François Cadet dans le rôle de l’inspecteur Lucas.

A cette époque, dans les années 1970, Les Enquêtes Du Commissaire Maigret connu son plus grand succès, la série fut exporté dans de nombreux pays. La production se permit également d’aller filmer à l’étranger comme à Dallas aux Etats-Unis.

4) La fin de la série Cependant, la fin approche. Dès 1982, d’importants changements vont affecter la série. Claude Barma, suivi de Jacque Rémy, quittent le monde de Maigret. Il faut donc reconstituer une équipe et revoir le concept. Et ce d’autant que Maigret est constitué d’un corpus de 75 romans, ce qui limite le nombre d’épisodes dès le début. Il est dès lors décidé de refaire certains épisodes, cette fois en couleur. Cependant, la qualité est bien en deçà de ce qui avait été produit auparavant à l’exception de quelques épisodes tel que ’Un Echec De Maigret’ qui voit une pléthore d’acteurs célèbres dont Michel Galabru et qui s’avère un excellent épisode. Cependant l’inégalité de cette seconde partie est ce que l’on en retiendra.

Analyse et critique

Maigret est donc un personnage mythique qui a bénéficié comme d’autres héros de la même trempe d’une adaptation télévisé. Aujourd’hui, on doit bien reconnaître que la nouvelle génération de téléspectateurs raccroche le visage de Maigret à celui de Bruno Cremer. Il est néanmoins intéressant de savoir que d’autres adaptations que celle actuelle ont eu lieu.

"Les Enquêtes Du Commissaire Maigret" est © ORTF / Antenne 2 . Ce dossier ne peut être vendu, copié, publié, édité sans l'autorisation écrite de ses auteurs. L'émission "Aux Frontières des Séries" est © AFDS.org/Kprod.be. Toute copie partielle ou totale de l'émission est interdite. Les "Dossiers" d'AFDS.org étant uniquement informatifs, les quelques reproductions et les génériques qui les agrémentent ne sont là qu'à titre illustratif. Ils sont © par les studios.


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