
(La Malédiction)
A lire les critiques et les commentaires, rien ne pourra jamais retirer à Hex son étiquette de Buffy Contre Les Vampires britannique. Une série très souvent représentée comme une pâle copie de la tueuse de vampire en jupon, largement influencée par Charmed et la tendance très "in" des séries fantastiques actuelles mettant en scène des personnages féminins investis bien malgré eux d’une mission qui les dépasse.
Hex, je l’ai découverte lors d’un zapping sur les chaînes que nous offre le bouquet de la télévision digitale britannique. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les bandes annonces m’ont plutôt bien accroché. Par après, les commentaires rapprochant Hex à Buffy on éveillé ma curiosité et j’ai avalé les deux saisons, à savoir les 18 épisodes de cette série fantastique britannique.
Je dois tout d’abord dire que je n’ai en rien été déçu par Hex. Que l’on y retrouve un schéma proche de Buffy ou Charmed, c’est certain. Mais s’inspirer d’une autre oeuvre n’implique pas de faire nécessairement une série de mauvaise qualité. Et pour cause, s’il y a inspiration d’autres oeuvres, je pense qu’il faut voir plus large : notamment les oeuvres classiques du cinéma fantastique. Hex emprunte ainsi des éléments à Rosemary’s Baby de Roman Polansky, mais également à The Omen de Richard Donner. On pourrait même y voir une touche Harry Potter dans le choix très particulier des bâtiments qui servent de décors à la série.
En d’autres termes, Hex est plutôt une sorte de série qui emprunte pas mal à d’autres oeuvres, mais qui, à mon sens, parvient subtilement à malgré tout insuffler une personnalité qui lui est propre, notamment en imposant son style britannique avec succès. Il faut cependant noter d’importantes incohérences du scénario et surtout souligner l’inégalité de la série. C’est de loin la plus inégale de toute les séries qu’il m’ait été donné de voir jusqu’à aujourd’hui.
Et cette inégalité est à tous les niveaux. D’abord dans le nombre d’épisodes composant les deux saisons. La première est composée de 6 épisodes de 45 minutes, sachant que le premier et le deuxième forment à eux deux un seul épisode pilote. La seconde saison, quant à elle, comporte 12 épisodes. La diffusion aux Etats-Unis semble d’ailleurs avoir été gênée par ce découpage étrange et la décision fut prise de diviser les deux saisons en 9 épisodes chacune.
Ensuite, une inégalité dans les sujets abordés. La première saison, plus lente, peut être considérée comme une très longue introduction à une seconde saison très riche en évènements. Cette première saison s’attarde sur des sujets lourds comme les adolescentes enceintes (un problème particulièrement présent en Grande-Bretagne), la drogue ou encore l’homosexualité. Ces sujets sont traités avec un certain recul et rendent cette première partie particulièrement froide d’un point de vue relationnel entre les personnages.
La deuxième saison est plutôt centrée sur l’action plutôt que la réflexion. Point faible : des sujets abordés dans la première saison sont dès totalement mis de côté laissant parfois un gout de trop peu dans la gorge du téléspectateur.
Enfin, troisième inégalité : le différence de ton est radicale entre les deux saisons. La scission est plutôt brutale puisque l’héroïne de la première saison (Cassie) se fait remplacer dans les premiers épisodes de la seconde.
L’inégalité est donc présente partout et bien entendu, le synopsis de Hex n’échappe pas à la règle. La première et la deuxième saison sont très différentes. Il convient dès lors de s’attarder sur chacune d’elle.
La première saison de Hex est centrée sur l’histoire de la jeune blonde Cassandra "Cassie" Hughes. Elle est étudiante dans une école Anglaise du nom de Medenham Hall. L’école est loin d’être banale puisqu’il s’agit d’un ancien manoir ayant appartenu à la famille McBain et qui fut, au 18ème siècle un lieu de sorcellerie et de pratiques vaudous.
Cassie est une fille plutôt renfermée dont le rêve est d’être populaire parmi les autres jeunes de l’établissement. Cependant, Cassie n’est pas comme les autres et très vite, elle développe des pouvoirs surnaturels tel que la télékinésie. Mais ces pouvoirs ne sont pas le fruit du hasard : Cassie est harcelée par un démon, le chef des Nephilim, Azazeal qui s’obstine à faire d’elle la mère de son enfant.
Entretemps, la relation entre Cassie et sa meilleure amie Thelma se détériore. Thelma est lesbienne et a un grand faible pour Cassie. Un faible qu’elle paiera de sa vie dès le premier épisode. Elle devient alors un fantôme plein d’humour qui nous accompagnera tout au long des deux saisons. Malgré les efforts de Thelma, Cassie se laisse tenter par le démon et se retrouve enceinte. La naissance de l’enfant marque la libération des Néphilim qui sont dorénavant en mesure de se mêler parmi les humains.
La deuxième saison se situe toujours dans la même école. Cassie qui a été le personnage principale de la première saison laisse place à Ella Dee, une jeune fille rousse au style gothique. Elle s’avère être l’opposante d’Azazeal depuis des siècles. Elle est une sorte d’élue dont le seul et unique but est de détruire les Nephilims. Ella se lie d’amitié avec le fantôme de Thelma et tombe amoureuse de Leon, un personnage présent depuis la première saison mais qui prend ici une ampleur tout à fait particulière. Cette deuxième saison se concentre sur le combat que se livrent Ella et Malachi, le fils de Cassie et Azazeal, désormais représentant des Nephilims.
Les deux saisons prennent place dans un décor fabuleux. L’école, que je présume être une école d’art est en réalité Englefield House, situé dans le Berkshire aux Royaume-Uni. C’est un lieu à la fois magnifique et effrayant. Un de ces manoirs anglais typé tel qu’on les imagine. Pour la petite histoire, Englefield House est utilisé en réalité pour l’organisation de réception et d’évènement. Quoiqu’il en soit, si vous êtes à la recherche d’un lieu original pour votre mariage, c’est le lieu idéal !
Toujours est-il que cette demeure offre une ambiance très particulière à la série. Le manoir est décoré tel un musée, on y voit des armures de chevaliers, des chaises et des meubles qui ont vu passer les siècles et d’anciennes peintures qui contrastent avec le style vestimentaire et le comportement des jeunes adultes du nouveau millénaire. Cela peut même paraitre déjà surnaturel en soi.
C’est oublier un peu vite que cet univers est à la limite banal en Grande-Bretagne où il n’est pas rare de voir des écoles-musée. Je parle d’expérience personnelle. J’ai eu l’occasion de visiter la très célèbre School of Art de Glasgow entièrement conçue par le non moins célèbre Charles Rennie MacIntosh. Les portes, les statues ou même le mobilier est d’époque et toujours utilisé par les élèves. Le Medenham Hall est donc malgré sont aspect majestueux très représentatif de certains établissements britanniques.
Décrire les personnages de Hex ne peut se passer à nouveau de différencier les deux saisons.
Saison 1 : elle est principalement centrée sur trois personnages. On y remarque également quelques personnages secondaires qui prendront de l’importance dans la deuxième saison.
Saison 2 : La deuxième saison est l’occasion d’un véritable chamboulement des personnages. Cassie meurt des les premiers épisodes et laisse la place à Ella.
Hex fut présenté par ses propres producteurs comme un Buffy Contre Les Vampires britannique. Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est un pari risqué que d’annoncer une telle couleur. Il est effectivement des éléments analogues notamment dans la construction du groupe de personnages. Le directeur de l’école dans la première saison donne les éléments historiques sur l’histoire des Nephilim, endossant de cette manière le rôle du "watcher" de la tueuse de vampire. Cependant, il faut bien reconnaitre que le rapport entre les deux séries n’est pas évident dès la première saison. Hex, saison 1, rappelle plutôt les grand classiques du cinéma et de la littérature d’horreur.
L’arrivée d’Ella dans la seconde saison bouleverse cela et très vite l’influence de Buffy se fait fortement sentir. Doit-on cependant y voir une sorte de remake à l’européenne de Buffy ?
Sexe, Sexe et encore Sexe. Voila la seule et unique obstination de chacun des personnages de Hex. La première saison s’ouvre sur un flashback, une jeune femme rend visite à des esclaves noirs qui pratiquent le vaudou et s’adonnent aux plaisirs de la chair sous les yeux d’un enfant. Très vite, on se retrouve alors dans une salle de classe où la lecture d’un texte classique lance une conversation entre le professeur et les élèves sur le sujet de la fellation. Peu après, on voit des filles regardant les garçons nus dans leur vestiaires et faire des commentaires sur la musculature de ceux-ci. Pas besoin d’en dire plus, en quelques minutes, on a compris que le sexe est un sujet primordial de Hex.
Autant les étudiants que les professeurs ou le directeur ne font que parler de cela et parfois tellement crument qu’on en rougirait presque. En réalité, dans Hex, du moins la saison 1, chaque relation repose uniquement sur l’aspect sexuel. Thelma est amoureuse de Cassie et rêve de relations sexuelles avec elle. Une fois devenue fantôme, elle ira jusqu’à l’observer dans sa douche ou créer des rêves érotiques dans lesquelles leurs ébats sont plutôt "chauds".
Pour faire passer le temps, les soirées télés entre amis ne sont pas consacrées au soap du moment mais bien au visionnage de films pornographiques. Cassie se dévergonde et l’exprime d’un point de vue sexuel, elle a très vite des relations avec des démons envoyés par Azazeal. Plus Cassie est "sexuelle", plus elle prend une place importante parmi le groupe de ses "amis".
Une telle dose de sexe, tant dans les dialogues que dans les images, pourrait paraitre inutile, gratuit, et seulement une manière de s’approprier un public adolescent. Très honnêtement, je ne l’ai pas du tout perçu de cette manière. Le sexe tel qu’il est traité dans Hex permet au contraire d’imposer une ambiance très froide à la limite glaciale. Aucun personnage n’est réellement innocent et l’on ressent très fort que l’entraide est calculée. Cela met mal à l’aise.
Le sexe est vu comme une arme pour s’approprier la place du "maitre". Si l’on se concentre sur le personnage de Cassie, au début de la série, elle est seule et timide. Elle rêve de sortir avec Troy. Troy est envouté par Azazeal. Tous deux ont une relation. Cassie en veut plus et fait souffrir Troy en charmant Leon, le meilleur ami de Troy, ce qui dégrade la relation entre les deux jeunes garçons.
Le but de Hex est de diaboliser le sexe, non par puritanisme, mais bien pour montrer du doigt le sexe dans ses excès. C’est l’arme d’Azazeal et cela amène des conséquences. Cassie se retrouve enceinte d’un enfant qui grandit rapidement. Très vite la question de l’avortement arrive sur la table. Cassie est victime de ses déboires. Azazeal prendra même position contre l’avortement dans un groupe de prière, c’est dire à quel point il peut se faire avocat du diable.
L’arrivée d’Ella et la mort de Cassie change la donne dans la saison 2. Le sexe y est toujours présent mais cette fois de manière plus légère. Ainsi, Roxanne séduit un de ses professeurs prêtre avec lequel elle excelle dans sa spécialité (si l’on se base sur les commentaires de Leon. Thelma quant à elle trouve en Maya une partenaire idéale surtout quand il s’agit de pratiquer son activité principale sur les tables de la cantine à l’heure du lunch. Dans cette deuxième saison, le sexe est moins représenté comme une arme mais plus sous son aspect humour voire même amour.
La gestion de l’espace dans Hex est également un autre aspect qui rend la série fascinante. Contrairement aux séries américaines, et peut-être à cause d’un choix budgétaire, Hex se limite presque exclusivement aux bâtiments de l’école. La distance entre le bien et le mal est dès lors infime.
Dans la première saison, Azazeal est un personnage qui, tel un voleur, s’introduit dans l’école et y apporte le mal pur. Nous l’avons vu, l’école elle-même est composé d’étudiants donc la moralité est sujette à discussions.
Dans la deuxième saison, à l’instar de Cassie, Azazeal doit lui aussi quitté ces lieux comme lui ordonne sa hiérarchie. Les contacts qu’il entretien avec son fils étant pour le moins tendus, il se rend chez Ella avec laquelle il discute avant son départ. La scène est ici particulièrement émouvante tant le mal incarné qu’est Azazeal semble souffrir de la séparation avec son fils. La proximité fait que la stratégie, la patience et surtout la réflexion prend le pas sur l’action.
Père et mère écartés, l’école devient un lieu où s’affrontent Ella et Malachi. Une confrontation qui se fait avec finesse et souvent contre la volonté des deux protagonistes. Ella et Malachi, malgré leur opposition, se sentent attirés l’un par l’autre, un amour qui ne fait qu’empirer la situation.
Contrairement donc à une série comme Buffy Contre Les Vampires, l’action laisse place à la discussion. Il y a de la place pour la persuasion et la discussion. Les deux opposants sont confinés dans un lieu qui empêche tout affrontement aux yeux de tous et favorise donc des méthodes loin de celles que nous voyons habituellement dans les séries fantastiques américaines.
Je dois malgré tout noter quelques petites incohérences. Parmi celle-ci, le manque de continuité. Si la première saison installe particulièrement bien l’histoire et les personnages, la deuxième saison quant à elle semble écarter tout un aspect de la saison 1 avec un peu trop de facilité.
Ainsi, Cassie est une descendante de la famille McBain qui vivait au 17ème siècle dans ce manoir et qui donc explique l’importance de son personnage. Il semblerait en fin de compte à la vue de la seconde saison qu’il ne s’agit là que d’un détail.
Il en est de même des pratiques vaudou. La première saison établit des rapports forts entre les pratiques vaudou et la présence d’Azazeal... plus rien dans la seconde saison.
Enfin, le personnage de Thelma pose parfois problème. Elle est un fantôme, oui. Elle ne peut toucher se proches, oui. Mais par contre, elle peut toucher les objets, vêtements, livres, ... Et cela ne semble gêner personne de voir un paquet de chips voler dans les airs. Je suppose dès lors que les chips deviennent automatiquement invisibles... Qui sait, il semblerait cependant que les limites du personnage n’ont pas été suffisamment décrites.
Hex commence là où Buffy se termine. Buffy est célèbre pour avoir évolué avec son public, pour avoir des premières saisons plus légères, et pour subitement avoir changé de ton dès la saison 5. Hex repose sur des bases similaires mais contrairement à Buffy, Hex aborde la mythologie sérieusement et pas avec une touche kitch. Des questions telles que le sexe entre adolescents, l’alcool, la dépendance à la drogue, la maladie mentale, l’avortement ou encore les sacrifices humains sont pris avec sérieux et profondeur.
Hex a finalement franchi, du moins c’est mon avis, le pas que Buffy n’a jamais pu faire. C’est aussi une production beaucoup plus réaliste, dommage il n’y aura pas de troisième saison.
[1] She keeps her legs so tight, you couldn’t floss between them. (Cassie vue par Leon)
[2] I’m sorry I’ve given you such a hard time. It can’t be easy being dead. (Cassie à Thelma)
[3] Brilliant. I’m up the duff and you’re shagging my teacher. (Cassie à Azazeal)
[4] Didn’t know you had so many talents, Rox. Fashion guru. Bitch. Photographer. Oh, sorry, did I mention ’bitch’ ? (Leon à Roxanne)
He’s not familiar with any kind of intelligence. (Tom à Leon)
[5] Have you seen the new girl ? Eyes of steel and nipples to match ! (Thelma à Cassie à propos de Ella)
[6] You know, I think you’re the strangest ghost I ever met. (Maya à Thelma)
[7] Forget her. Because unless you do you’ll never see her again. Or anything else for that matter. (Mephistopheles à Malachi)