
Avec Lost, Desperate Housewives est LA série dont tout le monde parle en cette fin d’année 2005. La série qui a rencontré un succès colossal Outre-Atlantique : environ 25 millions de téléspectateurs durant toute la saison. Très peu de séries peuvent se vanter d’avoir un jour affiché un tel score. Mais, nous le savons, succès ne rime pas toujours avec qualité. Il n’y a qu’à voir le succès démesuré qu’a rencontré Hélène Et Les Garçons à l’époque alors que la série était d’une nullité affligeante.
L’idée de base de la série a germé dans le cerveau de son créateur : Marc Cherry. Il s’est demandé ce que deviendraient les héroïnes de Sex & The City si elles s’étaient mariées et avaient déménagé dans une banlieue chic américaine. Elles qui cherchaient l’homme idéal, le mari à épouser... seraient-elles pour autant heureuses après l’avoir trouvé ?
Elle se déroule à Wisteria Lane, une banlieue américaine on ne peut plus chic. En apparence, tout n’est que calme et volupté. Les gens sont beaux, riches, ils parlent avec leurs voisins, ils entretiennent leur jardin... Tout paraît paisible. Mais sous la surface se cachent nombre de secrets, de rivalité, de haine, de trahison... tous inavouables ! Quand on y réfléchit bien, le nom de la banlieue annonçait en réalité déjà la couleur ! Wisteria, ça se rapproche énormément de Mystère et de Hystérie, non ?
Pour s’en convaincre, il suffit de regarder l’épisode pilote. En soi, un petit chef-d’oeuvre, véritable concentré de la série : il définit impeccablement les personnages, les intrigues, l’ironie permanente, les dialogues mordants... bref, il est le miroir parfait de la série. Si vous n’accrochez pas, il y a de fortes chances que vous n’aimiez pas le reste de la série.
Tout commence avec Mary Alice, une femme mariée et comblée. Elle a un fils, Zach, une maison, un chien... une vie de rêve. Comme tous les jours, Mary Alice se lève, nettoie sa maison, relève son courrier, prépare à manger et... se tire une balle dans la tête ! Le ton est donné. La voix-off aussi puisqu’en réalité, Mary Alice devient le narrateur de la série. C’est elle qui racontera dorénavant l’histoire de Wisteria Lane et de ses amies. C’est l’actrice Brenda Strong qui prête sa voix à cet exercice souvent casse-gueule. Avec brio, elle apporte ce qu’il faut d’ironie et de réflexions adéquates pour ne pas ennuyer le spectateur... Jusqu’à un certain point. J’avoue que l’utilisation de cette voix-off en début et fin d’épisode verse parfois dans le manichéen.
Mais revenons au suicide de cette pauvre femme. Personne à Wisteria Lane ne comprend ce geste. Elle avait l’air si heureuse. Mais ce que Mary Alice ne savait pas, c’est que son geste sera l’élément déclencheur d’une série d’évènements parfois heureux mais souvent tordus. En effet, ses amies tombent par hasard sur une lettre de menaces adressée à la défunte et en concluent qu’il s’agit du mot ayant poussé cette mère de famille à commettre l’irréparable. Elles décident donc de mener l’enquête.
A côté de cette intrigue, elles essaient tant bien que mal de mener leur vie. L’une est divorcée et élève sa fille seule, l’autre trompe son richissime mari avec le jardinier tandis que la troisième essaie de sauver son mariage et que la dernière bataille quotidiennement avec ses 4 insupportables mioches. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les déboires qu’elles rencontrent sont souvent drôles et cocasses ! C’est American Beauty croisé avec un zeste de Sex & The City.
C’est ici que l’on s’aperçoit qu’Alias, la série de J.J. Abrams, a fait des émules. En effet, Desperate Housewives est aussi une série qui se plait à mélanger les genres. A la comédie de base, s’ajoute une intrigue policière chargée de secrets et de révélations en cascades.
On a beaucoup loué la qualité du générique de Six Feet Under. Je pense que celui de Desperate Housewives vaut également le coup d’oeil. Il se permet ainsi de montrer l’évolution de la femme, et même de la place de la femme, à travers les époques.
En effet, le générique reprend les tableaux de grands peintres où la femme est représentée. On passe ainsi d’un mélange de plusieurs tableaux d’Adam et Eve de Lucas Cranach l’Ancien à une fresque égyptienne signée David Roberts. Puis un petit clin d’oeil bien de chez nous avec Jan Van Eyck et "les époux Arnolfini" et enfin le générique se termine sur une série de tableaux peint par des artistes américains. En vrac : Andy Warhol, Grant Wood et Dick Williams.
Chacun de ses tableaux représente la femme et sa place dans la société : pécheresse, femme au foyer, femme trompée, débordée par ses enfants, mère prévoyante et enfin femme libérée (elle cogne un homme qui lui a fait du mal).
Bref, ce générique est un vrai régal. Petit bijou bourré de références.
Susan Mayer : Femme divorcée, qui élève seule sa fille de 13 ans, Susan Mayer est l’atout comique de la série. Et pour cause, c’est Gaston Lagaffe au féminin. Il ne lui arrive que des malheurs, souvent très drôles pour nous... toujours extrêmement embarrassants pour elle. Susan est folle amoureuse de son nouveau voisin d’en face, un beau plombier bien sous tout rapport (quoique... lui aussi à des secrets). Elle essaie tant bien que mal de se rapprocher de lui mais pour cela, elle entre en compétition avec Edie Britt, la vamp du quartier. Et encore, elle arriverait sans trop de mal à ses fins si elle n’était pas poursuivie par une poisse persistante. Des exemples : elle reste enfermée dehors nue comme un ver, elle brûle accidentellement la maison de sa rivale, elle se retrouve perdue dans le quartier des prostituées, elle passe à travers le plancher de la maison de son voisin... j’en passe et des meilleures ! Ses déboires sont toujours un moment de franche rigolade pour le public. En plus, Susan est interprétée par la magnifique Teri Hatcher (mon fantasme féminin par excellence), rescapée de la série Lois & Clark. Elle confirme par ailleurs son talent dans ce rôle qui lui valut un Golden Globe, rien que ça !
Bree Van De Kamp : Interprétée par la très rousse Marcia Cross (le docteur Kimberley Shaw de Melrose Place), Bree est l’héroïne la plus intéressante de la série. Présentée tout d’abord comme la femme et mère au foyer idéale au grand dam de son mari et de ses enfants, elle se révèlera au fur et à mesure bien plus complexe que cela. Pourtant, tout commençait mal pour elle. Dès le premier épisode, son mari annonce qu’il veut la quitter parce qu’il en a marre de vivre avec une image froide de la femme parfaite : aimante, compréhensive, fidèle, bonne cuisinière,... Et on ne peut pas vraiment lui donner tort ! Bree est le stéréotype total de la femme américaine jusqu’à la nausée. Mais ce stéréotype est tellement poussé à l’absurde qu’il en devient touchant. D’autant plus que l’on devine que Bree déteste elle-même la femme qu’elle est devenue. Mais elle se retrouve enfermée dans cette image qu’elle ne parvient à briser qu’en de rares occasions (le plus souvent à l’insu de tout le monde).
Gabrielle Solis : Voici l’autre personnage fort de la série. Elle est belle, jeune, ancien mannequin, mariée à un homme riche à mourir qui la couvre de cadeaux... Mais très vite, elle se lasse de son quotidien : shopping dans les boutiques de mode, voitures de course, maison immense... Alors, pour mettre du piment dans sa vie, elle couche avec le jardinier, un jeune homme d’à peine 17 ans. Mais franchement, on peut la comprendre, ce type est une bombe sur pattes ! Et nous voilà embarqué pour un boulevard pur de pur : "Ciel mon mari !", les portes qui claquent, la belle-mère qui s’en mèle... C’est une vraie pièce de théâtre que vit Gabrielle. Et les éclats de rire fusent de toute part. Surtout que les scénaristes se sont donné un mal fou à créer un personnage profondément égoïste et blasé de tout, tout en restant miraculeusement attachant. Gabrielle est interprétée par Eva Longoria, nouvel objet de désir des américains.
Lynette Scavo : Dernière héroïne de la série, Lynette est la mère au foyer débordée par ses enfants, 4 garçons, dont des jumeaux. Toujours au bord de la crise de nerf, ce personnage a été pour moi longtemps le moins intéressant de la série. Les scénaristes passaient leur temps à insister sur le fait qu’elle avait du mal à gérer ses enfants. Au bout de 2 épisodes, on avait fini par le comprendre et pourtant les mêmes situations se répétaient inlassablement. Heureusement, vers la moitié de la saison 1, ce personnage se rattrape en une seule scène. Elle craque enfin et devient bouleversante. Lynette est interprétée par Felicity Huffman, récompensée pour ce rôle aux derniers Emmy Awards.
Coupons court au suspense Desperate Housewives est une très bonne série. Cocktail d’humour grinçant, virant parfois au vaudeville, la série se regarde avec plaisir. Les personnages sont tous intéressants et attachants. Les dialogues sont suffisamment travaillés pour mériter notre attention. La mise en scène est léchée et ne donne pas l’impression de regarder un épisode de Charmed.
J’ai cependant quelques réserves à exprimer :
Premièrement, je trouve que le mélange de genre n’est pas des plus réussi. Autant la partie "déboires" de ces femmes au foyer désespérées est passionnante, drôle, parfois cruelle, autant la partie intrigue policière semble "ajoutée de force" et démontre une forme de faiblesse des scénaristes. C’est souvent lourd, les rebondissements sont légions mais ils se révèlent soit téléphonés soit trop invraisemblables. De plus, le mélange des deux genres ne se fait pas harmonieusement. Très souvent, on espère que l’intrigue policière laisse rapidement sa place aux autres intrigues (plus en phase avec les personnages).
Deuxièmement, vers le dernier quart de la saison 1, on ressent déjà un essoufflement des scénaristes. N’auraient-ils pas plus à dire ?
Desperate housewives est une série dont tout le monde parle. Beaucoup de choses ont été dites à son sujet... et quelques fois à tort. Je me dois de rétablir certaines vérités :
Beaucoup de critiques ont assimilé Desperate Housewives à une série pro républicaine (Bush et Cie). Je ne suis pas d’accord. Tout d’abord, il est difficile, voir périlleux, d’attribuer une couleur politique à une oeuvre de fiction. Et personnellement, je n’ai vu aucun des personnages crier "Vive George Bush". De plus, la série se montre souvent ironique envers ses personnages (pourtant parfaite incarnation de la way-of-life américaine). Il n’y a qu’à voir cet épisode où Bree éructe de plaisir lorsqu’elle reçoit en cadeau un revolver. Suis-je le seul à trouver que les scénaristes se moquent et dénoncent le port d’arme à tout un chacun ? La scène marque par le ton absurde employé. Sans compter que le cadeau finira par se retourner sur la personne qui lui avait offert. En effet, lors d’une séance de tir (la première est celle dont on se souvient toujours, dira même Bree), Bree lui tirer une balle dans le pied accidentellement. Je ne suis pas certain que ce message soit profondément républicain.
Enfin, on a souvent présenté cette série comme une sorte de suite de Sex & The City. Là encore, je ne suis pas d’accord. Bien sûr, les 4 personnages principaux sont des femmes qui se réunissent souvent pour parler de leurs problèmes. Mais Sex & The City parlait énormément de sexe... alors que dans Desperate Housewives, les expériences sexuelles sont plutôt rares ! Ce sont plus les difficultés que ces femmes ont à gérer leur vie en général qui est le thème de la série. De plus, les dialogues sont bien plus "softs".
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