
Les dessins animés japonais, il faut le reconnaître, offrent un très large choix dans lequel se côtoient le pire et le meilleur. Jusqu’il y a peu, les fans de japanime citaient Lain comme exemple de ce qui ce fait de mieux en animation japonaise expérimentale. Il est vrai que les véritables réussites sont rares et que Lain constituait jusqu’alors un exemple en la matière. C’était sans compter l’arrivé plus tard de Boogiepop Phantom. Composée d’une douzaine d’épisodes de 22 minutes seulement, la série est un "must seen" à ne rater sous aucun prétexte.
Brièvement, l’histoire de Boogiepop Phantom n’a en soi rien d’extraordinaire. Découpé en scènes, le premier épisode s’ouvre sur ce qui sera l’élément déclencheur de tout l’histoire, un faisceau lumineux apparaît au milieu d’une ville et s’ensuit une courte panne d’électricité. Dès cet instant, chacun des épisodes va se concentrer sur un personnage en particulier. Le plus souvent, ce sont des adolescents ayant acquis des pouvoirs surnaturels grâce au faisceau lumineux lui-même. Mais contrairement aux super héros communs, leurs pouvoirs, bien qu’utilisés dans le but de faire le bien, n’est en réalité qu’une propagation du mal à l’état pur. Un mal qui les conduit inexorablement à la destruction.
Notons également, la présence de ce serial killer qui laisse des corps déchiquetés çà et là dans les recoins de la cité. Enfin, une légende urbaine parle d’un être mystérieux nommé Boogiepop Phantom, une sorte de croque-mitaine qui parcourt les rues de la ville à la recherche de victimes.
Et ce n’est là qu’un aperçu du dédale dans lequel vous emmène Boogiepop Phantom. En effet, chaque épisode est plus ou moins indépendant, tel une petite pierre composant une mosaïque. Il faut donc nécessairement une vue d’ensemble pour voir le motif apparaître. Il faut cependant regarder plusieurs fois la séries pour se faire une idée approximative du mystère. C’est dire que ce véritable casse-tête chinois (ou devrais-je dire japonais) laisse de nombreuses zones d’ombres qui permettent au téléspectateur d’imaginer son propre Boogiepop Phantom.
Dans ambiance glauque rappelant aisément le monde de Lovecraft, Boogiepop Phantom est une peinture offrant un point de vue intelligent mais terrifiant sur un monde en perte de lui-même. On ne peut savourer une telle série sans se poser de nombreuses questions sur la jeunesse de la société japonaise en particulier mais aussi sur notre propre mode de vie.
Mais ce qui fait la force de la série ce sont ses qualités techniques irréprochables en ce qui concerne l’animation et le son. L’animation bien qu’inhabituelle est tout simplement parfaite. Le choix de couleurs très fade et d’une image très sombre avec des effets lumineux particuliers rendent l’ambiance de la série tout simplement unique. Quant à la musique, tout aussi expérimentale que la série, elle est composée par "The Art of Club Music For B.P." et s’avèrent tout aussi excellente.
Coté créateur, il faut admettre qu’il est surprenant d’y voir le réalisateur de Slayer et de Lost Univers, Takashi Watanabe. Ce dernier étant plutôt un habitué des séries humoristiques. Il a également signé Ogenki Clinic, connu des amateurs de Hentai (séries japonaises à caractère érotique souvent de pauvre qualité). Il ne fait aucun doute que Boogiepop Phantom consacre ici l’immense talent du réalisateur.
Je me permets également de me tourner vers le créateur de l’histoire, Kohei Kadono qui fut à l’origine d’un manga avant que Boogiepop Phantom prenne vie dans un film live et dans la série dont nous parlons.
Au final, si vous êtes fan de Lain, vous ne serez certainement pas déçu par Boogiepop Phantom. Une oeuvre hallucinante qui se savoure sans modération. Un bon conseil, procurez-vous les DVD, car vous ressentirez régulièrement le besoin de voir et revoir certains épisodes, question d’éclairer vos lanternes.