
Dans la banlieue de Salt Lake City, Bill Henrickson (Bill Paxton), polygame, tente de répondre aux besoins émotionnels, amoureux et financiers de ses trois épouses, et de leurs sept enfants.
Sa première épouse est Barbara Dutton (Jeanne Tripplehorn), c’est la seule qui soit légalement mariée avec lui. Ensemble, ils ont 3 enfants : Sarah (16 ans), Ben (15 ans), et Teenie (8 ans).
Tout se passe bien entre eux, jusqu’au jour où Barb a un cancer et doit subir une hystérectomie qui la rend stérile. Durant la maladie afin de garder les enfants, ils engagent Nicki Grant (Chloë Sevigny) comme baby-sitter. Bill a alors une aventure avec Nicky, qui devient sa deuxième épouse. Nicky a 2 enfants de Bill, Wayne (4 ans) et Raymond (3 ans).
Afin de gérer tous ces enfants, Bill engagea une nouvelle Baby-sitter, une de ses employées, Margene Heffman (Ginnifer Goodwin). Et une nouvelle fois, Bill ne peut résister et Marg devient donc sa 3ème femme. Ensemble ils ont 2 enfants : Aaron (1 ans 1/2), et Lester (3 mois).
Heureusement pour Bill, ses 3 femmes vivent dans 3 maisons côte à côte, et ont un jardin commun. Mais cela ne veut pas dire que c’est plus facile à gérer car 3 femmes signifie aussi trois fois plus de problèmes ! Surtout quand on sait que la polygamie est interdite dans l’Utah et que l’Eglise Mormon l’a banni de ses principes. Ils doivent donc tout faire pour passer inaperçu.
Il faut bien sûr ajouter à tout cela quelques ennuis de taille. Bill est un brillant homme d’affaires qui lance son deuxième magasin Home Plus, une quincaillerie grande surface, quand Roman Grant, un mormon intégriste très influent, et autoritaire, fait obstacle à son succès. Accessoirement, c’est le père de Nicky, et il veut des parts sur les bénéfices que réalise Bill avec ses 2 magasins.
Outre cela, Nicky est une maniaque du shopping qui n’hésite pas à user et abuser de ses nombreuses cartes de crédit (elle cache bien entendu sa situation financière à son époux). Joey, le frère de Bill, ancienne star du football, a quelques ennuis également et son frère lui vient en aide.
Alors même que la première saison n’était pas terminée, la chaîne américaine HBO a décidé de commander une seconde saison de Big Love. "Big Love est une série unique et remarquable. La seconde saison offrira encore plus d’histoires passionnantes que ce qui a déjà séduit les critiques et les abonnés cette année" a déclaré Carolyn Strauss, l’une des responsables d’HBO.
En plus d’un assez bon succès public, Big Love peut compter sur un réel succès critique. Ainsi beaucoup de journaux la considèrent comme une très bonne série. Il faut aussi noter que généralement, HBO renouvelle tous ses dramas pour une seconde saison.
Avec Rome, Big Love est une des séries de la "dernière chance" pour HBO, qui depuis quelques années cherche désespérément des successeurs dignes à ses séries phares qui se terminent les unes après les autres (avec la disparition des Sopranos début 2007, HBO a vu s’éteindre la dernière de ses séries "évènement").
Big Love est produite par Tom Hanks et Gary Goetzman, qui avaient déjà collaboré pour HBO sur Frères D’armes. Mais les vraies têtes pensantes de Big Love sont ses créateurs, producteurs et scénaristes Will Scheffer et Mark V. Olsen.
Big love a été doublement nomée aux Golden Globes 2007 dans les catégories meilleure série dramatique et meilleur acteur dans une série dramatique pour Bill Paxton.
Dès l’annonce de la série et de son thème controversé, des plaintes se sont fait entendre du côté des autorités mormones américaines, qui craignaient que leur religion ne soit associée à la polygamie, alors qu’ils essaient de se défaire cette image. En conséquence, dans la série, la famille Henrickson n’est jamais expressément liée aux Mormons et HBO a envisagé un temps de précéder la série d’un prologue expliquant que la religion mormone a désavoué la polygamie en 1890.
A la fin du premier épisode, HBO a d’ailleurs précisé le caractère fictionnel de la série. La controverse est souvent la meilleure des publicités et Big Love n’a pas dérogé à la règle : la diffusion de la série a engendré de nombreux articles et des débats autour de la légalisation de la polygamie.
Les mormons sont les membres de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Le nombre de fidèles en fait la quatrième religion des Etats-Unis. Elle compte treize millions de membres dans le monde dont 151.000 au Canada et 36.000 en France. Généralement perçue comme sectaire en Belgique et en France, aux Etats-Unis, l’église mormone est bel et bien reconnue.
Un "bon mormon" ne boit ni alcool, ni café, ne fume pas, observe un régime alimentaire aussi sain que possible (évite la viande au maximum), et verse la dîme (soit 10 % de ses revenus) à l’église. Il s’oppose très fortement à l’avortement et à la contraception.
La polygamie, plus précisément le mariage plural, a été ouvertement pratiquée de 1847 à 1890, après l’arrivée des pionniers mormons à Salt Lake City. Les mariages pluraux étaient célébrés pour l’éternité, uniquement dans les temples de l’Église. Environ 3 % des membres masculins de l’Église reçurent ce sacrement. Le mariage plural aurait été divinement commandé, pratiqué pour accroître la population de l’Église naissante, puis divinement retiré en 1890. Les minorités qui pratiquent la polygamie ne sont pas membres de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours.
L’Église Fondamentaliste de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (Fundamentalist Church of Jesus Christ of Latter-day Saints) est un mouvement religieux issu du mormonisme, dont il s’est séparé au début du XXème siècle. Les fondamentalistes s’opposent notamment aux mormons sur la question de la polygamie, qu’ils refusent d’abandonner.
Depuis 2002, le mouvement, considéré comme une secte, est dirigé par Warren Jeffs, qui a succédé à son père Rulon Jeffs (1909-2002). Les deux hommes ont eu chacun 75 épouses. Placé sur la liste des dix fugitifs les plus recherchés du FBI, Warren Jeffs a été arrêté le 28 août 2006 pour détournement de mineurs et complicité de viol. La secte compte environ 10.000 membres. La plupart habitent dans deux villes voisines, Hildale dans l’Utah et Colorado City dans l’Arizona. Depuis le milieu des années 90, les autorités ont accru leur lutte contre la polygamie, interdite sur l’ensemble du territoire américain.
Un mot sur le générique de Big Love, esthétiquement très beau. On voit Bill et ses quatre épouses en train de patiner sur un lac gelé. Ils dansent ensemble ensuite la glace se brise et chacun se sépare. Puis, Bill danse successivement avec ses trois épouses dans l’ordre (Barb, Nicky et Margene). Le plan final les montre tous les quatre à table. Image que l’on voit souvent dans la série, les femmes autour de la table pour organiser la vie des trois familles et se répartir les soirées attribuées à chacune, la famille au grand complet à table...
Outre le sujet, la grande force de Big Love, c’est son casting. Bill Paxton est parfait en polygame. Le duo Jeanne Tripplehorn et Chloë Sevigny est exceptionnel. Les personnages principaux sont très convaincants. Indiscutablement toute personne qui regarde cette série a évidemment une préférence pour l’une des épouses.
Barb, interprétée par Jeanne Tripplehorn, est sans conteste ma préférée. Elle est née dans une famille traditionnelle mormone, et est enseignante. C’est la seule des épouses à travailler. La question qu’on se pose est "comment a-t-elle pu accepté une seconde épouse après 10 ans de vie de couple traditionnelle avec Bill ?".
Nicky est un personnage clé puisque, outre être la seconde épouse de Bill, elle est aussi la fille de Roman Grant. C’est le prophète, puissant patriarche de la communauté mormone polygame de Juniper Creek. Roman a des moeurs très particulières puisque sa plus jeune épouse est seulement âgée de 14 ans.
Margene, 21 ans, est la 3ème épouse Henrickson. Elle a grandi avec sa mère dans une petite ville du Colorado. Elle a commencé à travailler pour Bill dans son magasin. Voyant que Margene n’aimait pas beaucoup son job, Bill l’a engagée comme baby-sitter. Au fur et à mesure Margene a commencé à faire partie de la famille trouvant de l’amour et une stabilité qu’elle n’a jamais connue en grandissant. Bill, Barb et Nicki l’ont invité dans la famille en tant que 3ème épouse.
C’est en quelque sorte une femme enfant, à qui il faut apprendre le rôle de mère. Barb doit souvent s’occuper d’elle et lui apprendre pleins de petites choses du quotidien. Sa relation avec les deux aînés est plutôt fraternelle.
Chaque rôle est donc stéréotypé : Barbara, la mère, protectrice, tendre et aimante, Nicky, la mégère, manipulatrice et menteuse, et enfin, Margene la femme-enfant irresponsable.
Tout l’intérêt se trouve dans l’exploration des liens, des relations d’amitié, d’intimité, d’amour mais aussi de haine, de concurrence entre les différentes femmes.
Sarah, l’aînée des enfants, participe maintenant aux tâches attribuées aux femmes des familles telles que cuisiner, garder les enfants... Malgré son implication dans la vie de famille, Sarah n’accepte pas toujours l’autorité et ne veut pas devenir polygame à son tour. Elle s’engage dans une amitié risquée avec Heather dont le père est un ranger. Son petit frère Ben, quant à lui, admire son père, et pense bien lui aussi suivre le principe.
Mise en parallèle avec le fanatisme religieux de Juniper Creek, la famille Henrickson, malgré sa particularité, semble unie et aimante (Il est répété régulièrement que les trois femmes de Bill ont choisi la polygamie, qu’elles sont libres et que cette famille est bâtie sur l’amour). Bien que les créateurs de la série aient déclarés que leur intention était de dresser un portrait juste de la polygamie aux Etats-Unis sans porter de jugement, le spectateur a forcément de la sympathie pour ces personnages présentés avec bienveillance comme une famille plutôt heureuse et fonctionnelle.
La notion de secret est également importante. La famille se sent constamment épiée par les voisins. Il y a un peu le même sentiment de surveillance et de méfiance vis-à-vis des voisins que l’on retrouve également dans Desperate Housewives. La première épouse, Barbara, est la "Mme Henrickson officielle", tandis que les deux autres femmes prétendent être des voisines et des mères célibataires.
Qualitativement, Big Love est une bonne série, bien écrite, bien filmée et excellemment bien interprétée, ce qui la rend très agréable à suivre. Les personnages sont attachants (même les plus insupportables, comme Nicky, gagnent en profondeur au fur et à mesure que la saison avance), et les scénaristes n’oublient jamais de garder une certaine distance avec leur sujet pour nous faire rire des étrangetés de cette famille polygame.
Sujet surprenant et étonnant, la polygamie ne laisse personne indifférent. La série tout en abordant un sujet délicat, n’est pas choquante. Cette vie hors norme n’est pas facilement acceptable pour nous, élevés avec la notion de fidélité qui, pour certains, rime avec respect de l’autre.
J’ai du mal à aimer la série parce que je n’arrive pas à comprendre comment ces femmes peuvent accepter leur situation. Conception tout à fait différente de la vie de famille. En prenant du recul, la série est dérangeante parce qu’elle met en avant des positions rétrogrades notamment sur le rôle de la femme dans la famille et la société.
La domination de l’homme et de la religion est également au centre du propos. Les femmes ici sont tournées uniquement vers leurs foyers, leur homme et leurs enfants. Elles n’ont pas de vie sociale extérieure à la famille puisqu’elles veulent et doivent garder le secret sur le caractère particulier de la famille. J’ai donc envie de mettre l’accent sur le fait qu’il vaut mieux prendre de sérieuses distances par rapport aux valeurs que la série véhicule.
Les épisodes se succèdent et la série se regarde facilement sans pour autant accrocher le spectateur. Quand on m’a parlé de cette série, je me suis tout de suite dit que la relation entre Bill et ses trois femmes pourraient être source de situations cocasses nombreuses. Il y a, avec un tel sujet, un potentiel de quiproquos important. Et pourtant ce n’est pas ça qui en ressort principalement mais la série est plutôt axée sur les sentiments et les relations entre les épouses. Donc j’ai personnellement été un peu déçue, car j’en espérait plus de situations étranges et rigolotes.